C'était un chaud mercredi après-midi à Rome, un de ces jours où la place Saint-Pierre se remplit de pèlerins et où le pape traverse lentement la foule pour être au plus près d'elle. Le 13 mai 1981, Jean-Paul II faisait précisément cela — il avançait à travers la place dans son véhicule ouvert, se penchant vers les mains tendues — lorsque des coups de feu retentirent. Un tireur turc, Mehmet Ali Ağca, fit feu à bout portant et atteignit le pape à l'abdomen. En quelques secondes, la figure la plus publique du monde s'effondrait et saignait, la foule criait, le véhicule fonçait vers la sortie. Ce qui suivit — tant au bloc opératoire que, deux ans et demi plus tard, dans une cellule de prison — devint l'une des plus extraordinaires histoires de miséricorde de la mémoire moderne.
Le jour, place Saint-Pierre
L'attentat survint au début de l'audience générale, alors que le pape saluait la foule avant son allocution. Ağca attendait parmi les pèlerins, un pistolet à la main. Il tira, et la balle perfora l'abdomen de Jean-Paul II, provoquant une perte de sang massive. Il fut transporté d'urgence à l'hôpital Gemelli, où les chirurgiens opérèrent pendant plus de cinq heures pour réparer les dégâts. Il avait perdu une quantité de sang immense et, selon toute mesure ordinaire, il n'aurait pas dû survivre. Il survécut — mais de justesse, et seulement après une convalescence longue et difficile qui marquerait sa santé pour le reste de sa vie.
Pour un monde qui avait vu ce pape rassembler des foules immenses et parler avec une assurance intrépide, l'image de lui abattu était presque impensable. Et pourtant, même depuis son lit d'hôpital, il regardait déjà au-delà de la violence, vers autre chose.
« Une main a tiré, une autre a guidé la balle »
La date elle-même arrêta Jean-Paul II. Le treize mai était l'anniversaire de la première apparition de Notre-Dame à Fátima, en 1917. Pour un pape d'une profonde dévotion mariale, ce ne pouvait être une coïncidence. Il acquit la conviction qu'il avait survécu non par chance, mais par protection — que Marie avait été présente sur la place ce jour-là. Selon ses propres mots : « une main a tiré le coup de feu, et une autre a guidé la balle. » Il croyait qu'une volonté humaine avait visé à le tuer, et qu'une main céleste avait détourné la blessure pour qu'elle ne fût pas fatale.
Au premier anniversaire de l'attentat, en mai 1982, il se rendit à Fátima même pour rendre grâce. Là, il pria devant la célèbre statue de Notre-Dame, lui confiant le monde et sa propre vie. Plus tard, l'une des balles qui avaient été tirées sur lui fut placée dans la couronne de cette statue — un petit et dur morceau de métal qui avait failli mettre fin à sa vie, désormais serti parmi l'or comme un acte permanent de gratitude.
Fátima et le « troisième secret »
Jean-Paul II établit aussi un rapprochement qui en surprit beaucoup. La partie la plus mystérieuse des révélations de Fátima — le fameux « troisième secret », longtemps gardé secret par l'Église — comprenait la vision d'un évêque vêtu de blanc qui est abattu au milieu de la souffrance et de la ruine. Le pape lut sa propre quasi-mort dans cette image. Il ne la présenta pas comme une prophétie bien ficelée ou un code à déchiffrer, mais comme un signe que sa survie avait un sens au-delà de lui-même : qu'il avait été épargné, et que sa vie lui avait été rendue, dans un but. Cela approfondit sa conviction que tout le drame — le coup de feu, la survie, la date — était tissé dans quelque chose de plus grand que la politique ou le hasard.
La visite en prison : le pape et le tireur
La partie la plus célèbre de l'histoire n'est pas le coup de feu. C'est ce que Jean-Paul II choisit de faire de l'homme qui avait appuyé sur la gâchette.
Le 27 décembre 1983, le pape se rendit à la prison de Rebibbia, à Rome, et entra dans la cellule de Mehmet Ali Ağca. Les deux hommes s'assirent tout près l'un de l'autre et s'entretinrent en privé un certain temps, les têtes penchées l'une vers l'autre dans une conversation feutrée. À la fin, Jean-Paul II dit simplement qu'il avait parlé à Ağca comme à un frère qu'il avait pardonné. Il lui avait déjà pardonné publiquement peu après l'attentat ; il l'avait maintenant fait face à face, dans la cellule même de l'homme.
La photographie issue de cette rencontre — le pape en blanc, se penchant pour écouter le prisonnier qui avait tenté de le tuer — fit le tour du monde. Elle disait quelque chose que les mots seuls ne pouvaient dire. Là se tenait une victime choisissant non la vengeance, ni même l'exigence d'une explication, mais la miséricorde. Il ne minimisa pas le crime et ne soustrayait pas Ağca à la justice. Il refusa simplement de laisser à la haine le dernier mot.
Le mobile qui ne fut jamais élucidé
Les raisons d'Ağca, et quiconque pouvait se tenir derrière lui, ne furent jamais pleinement élucidées. Les théories se multiplièrent pendant des années — sur des réseaux, des mains étrangères et des commanditaires de l'ombre —, mais la vérité complète ne vint jamais clairement au jour, et les propres déclarations changeantes d'Ağca ne firent qu'ajouter à la confusion. Il purgea des années dans une prison italienne, fut gracié par l'Italie en 2000 à la demande du pape, puis expulsé vers la Turquie pour y répondre d'autres chefs d'accusation.
En un sens, le mystère non résolu rend le pardon plus tranchant, et non plus faible. Jean-Paul II n'attendit pas de tout comprendre avant d'offrir la miséricorde. Il ne conditionna pas le pardon à un aveu complet ni à un récit satisfaisant de qui avait fait quoi et pourquoi. Il pardonna à l'homme qui se tenait devant lui.
La miséricorde plutôt que la vengeance
Voilà pourquoi l'attentat de 1981 se trouve au cœur de l'histoire de Jean-Paul II, aux côtés des foules et des voyages qui ont façonné l'Histoire. Le même pape qui dit au monde « N'ayez pas peur » montra, dans sa propre chair, à quoi ressemble ce courage lorsqu'il est éprouvé par la violence. Il n'était pas intrépide parce que rien ne pouvait l'atteindre ; il avait les cicatrices pour prouver le contraire. Il était intrépide parce qu'il croyait que la providence est réelle, que la miséricorde est plus forte que la volonté de détruire, et que même une balle peut recevoir pour réponse l'action de grâce plutôt que la rage.
Il rendit grâce à Notre-Dame pour sa vie, sertit dans sa couronne la balle de l'agresseur et serra la main de l'homme qui l'avait tirée. Ce n'est pas de la faiblesse. C'est l'une des choses les plus audacieuses qu'un être humain puisse faire.
Crucis Lux raconte la vie de saint Jean-Paul II sous la forme d'une série narrée et illustrée — de la Cracovie de la guerre à la chaire de Pierre. La série arrive bientôt sur l'application.
