Bernadette Soubirous et les 18 apparitions de Lourdes
Elle avait quatorze ans, était asthmatique, ne savait pas lire le français et était la fille d'un meunier dont la famille était si pauvre qu'elle vivait dans une ancienne cellule de prison appelée le cachot. Au matin du 11 février 1858, alors qu'elle ramassait du bois près d'une grotte humide sur la rive du Gave de Pau, dans les Pyrénées, Bernadette Soubirous leva les yeux et vit une jeune femme debout dans une niche du rocher. La femme était vêtue de blanc avec une ceinture bleue. La rencontre ne dura que quelques minutes. Bernadette rentra chez elle et le raconta à sa sœur. En quelques mois, cinquante mille personnes se rassembleraient devant la grotte. En vingt ans, l'Église catholique déclarerait les apparitions dignes de foi. En un siècle et demi, la petite ville de Lourdes accueillerait six millions de pèlerins par an.
Voici ce que l'on sait des dix-huit apparitions de Massabielle, le témoignage que Bernadette livra sous interrogatoire, la source qui jaillit, et ce que le Comité médical international de Lourdes a vérifié au sujet des guérisons.
Bernadette et sa famille
Marie-Bernarde Soubirous, dite Bernadette, naquit le 7 janvier 1844, l'aînée des six enfants survivants de François Soubirous, meunier, et de Louise Castérot. Le déclin économique de la famille fut constant. En 1857, François avait perdu son moulin, était devenu journalier et avait été brièvement emprisonné sur soupçon de vol. La famille de huit personnes vivait dans une unique pièce d'environ seize mètres carrés, le cachot, ancien cachot de la prison de la ville. Les Soubirous comptaient parmi les plus pauvres des pauvres dans une ville déjà au bord du gouffre.
Bernadette souffrait d'asthme chronique. Elle avait failli mourir du choléra en 1855. Elle parlait le dialecte bigourdan de l'occitan, et non le français standard ; elle n'était jamais allée à l'école ; elle ne pouvait pas encore recevoir la première communion, faute d'avoir appris le catéchisme.
C'était, de l'avis de tous, une enfant silencieuse, lente à parler, lente à rire, sans rien de remarquable sinon sa fiabilité.
La première apparition : 11 février 1858
Ce jeudi matin-là, Bernadette se rendit avec sa sœur Toinette et une amie, Jeanne Abadie, ramasser du bois de l'autre côté du Gave de Pau, près de la grotte de Massabielle. Les deux autres fillettes traversèrent un ruisseau glacé. Bernadette, craignant son asthme, resta en arrière. Comme elle commençait à retirer ses bas, elle entendit un bruit comme celui du vent, leva les yeux et vit une Dame dans la niche au-dessus de la grotte.
La Dame tenait un chapelet. Elle fit le signe de la croix. Bernadette sortit son propre chapelet et pria avec elle. Lorsque la Dame disparut, Bernadette rejoignit sa sœur.
Toinette lui arracha l'histoire peu à peu. Le soir même, tout le cachot était au courant. Le lendemain, c'était toute la ville.
Le cycle des dix-huit visites
Les apparitions se succédèrent du 11 février au 16 juillet 1858, en dix-huit visites distinctes. La Dame ne révéla pas son nom durant les treize premières visites. Le déroulement consistait habituellement en ceci : Bernadette marchait jusqu'à la grotte, parfois accompagnée d'une foule grandissante, tombait dans un état d'extase où son visage se transfigurait, et soit recevait des instructions en silence, soit répétait à voix haute ce qui lui était dit.
Épisodes décisifs :
- 18 février. La Dame parle pour la première fois. Elle demande à Bernadette : « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ? » Bernadette accepte.
- 21 février. Une foule d'une centaine de personnes suit Bernadette. Le commissaire de police Jacomet l'interroge ce soir-là pendant des heures, cherchant à démonter son récit.
- 24 février. La Dame prononce le mot Pénitence, pénitence, pénitence, et demande à Bernadette de prier pour les pécheurs.
- 25 février. La Dame dit à Bernadette de boire à la source et de s'y laver. Aucune source n'est visible. Bernadette gratte le sol boueux au fond de la grotte et un filet d'eau trouble apparaît. Le lendemain, c'est déjà un ruisseau limpide. La source coule encore aujourd'hui, produisant environ cent vingt mille litres par jour.
- 2 mars. La Dame demande à Bernadette de dire aux prêtres de bâtir une chapelle et d'y faire venir des processions.
- 4 mars. La fin des quinze jours. Une foule d'environ dix mille personnes se rassemble. Les apparitions ne cessent pas, mais elles deviennent moins fréquentes.
25 mars 1858 : « Que soy era Immaculada Counceptiou »
L'apparition la plus décisive eut lieu en la fête de l'Annonciation. Bernadette avait demandé à plusieurs reprises le nom de la Dame, sans recevoir de réponse. Le 25 mars, la Dame joignit les mains, leva les yeux au ciel et dit, dans le dialecte bigourdan que parlait Bernadette :
Que soy era Immaculada Counceptiou.
« Je suis l'Immaculée Conception. »
La phrase était théologiquement précise. Le pape Pie IX n'avait défini le dogme de l'Immaculée Conception — selon lequel Marie fut préservée du péché originel dès l'instant de sa conception — que dans la constitution apostolique Ineffabilis Deus, le 8 décembre 1854, trois ans et quatre mois plus tôt. Bernadette ne connaissait pas ce terme théologique. Elle ne savait pas lire. Elle parcourut le chemin de la grotte au presbytère en répétant la phrase à voix haute, encore et encore, pour ne pas l'oublier avant de pouvoir la rapporter au curé, l'abbé Peyramale.
Peyramale était sceptique. Quand Bernadette lui transmit le nom, il fut bouleversé. Une bergère de quatorze ans, venue du cachot, n'aurait pu inventer la formule théologique exacte qu'avait employée le pape. Dès cet instant, le clergé local commença à prendre les apparitions au sérieux.
Les dernières apparitions
La dix-septième apparition eut lieu le 7 avril, le mercredi après Pâques. Bernadette tenait une bougie allumée durant son extase ; la flamme brûla autour de ses doigts sans les blesser. Un médecin présent, Pierre-Romain Dozous, examina sa main par la suite et ne trouva aucune brûlure. Il consigna l'incident en détail.
La dix-huitième et dernière apparition eut lieu le 16 juillet 1858, en la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel. La grotte avait été clôturée par le préfet des Hautes-Pyrénées pour prévenir le désordre ; Bernadette vit la Dame de loin, de l'autre côté de la rivière. La Dame ne parla pas. Bernadette dirait plus tard, simplement : « Je ne l'avais jamais vue aussi belle. »
Les enquêtes
Les autorités civiles enquêtèrent. Le commissaire Jacomet, le procureur impérial, le préfet — tous interrogèrent Bernadette, parfois durement. Elle n'enjoliva jamais rien. Elle ne se rétracta jamais. Quand ses interrogateurs tentaient de la faire trébucher avec un vocabulaire théologique qu'elle ignorait, elle répondait par les quelques mots que la Dame lui avait donnés et refusait d'en dire davantage.
L'évêque Bertrand-Sévère Laurence, de Tarbes, ouvrit une commission canonique en 1858 et travailla quatre ans avant de rendre son jugement, le 18 janvier 1862 : les apparitions étaient dignes de foi. Le même verdict formel que l'Église catholique emploie depuis lors.
La vie ultérieure de Bernadette
Bernadette ne supportait pas l'attention. En 1866, à vingt-deux ans, elle entra au couvent des Sœurs de la Charité de Nevers, à mille deux cents kilomètres de Lourdes, et ne revint jamais à la grotte. Elle souffrait de tuberculose osseuse, qui la perclut progressivement. Elle soignait les sœurs malades à l'infirmerie, tenait une modeste charge de sacristine et refusait d'être une célébrité. Quand des pèlerins demandaient au couvent à la voir, elle s'éclipsait le plus souvent.
Ses dernières paroles consignées, le 16 avril 1879, furent : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour moi, pauvre pécheresse. Elle avait trente-cinq ans.
Son corps, exhumé pour le procès de canonisation en 1909, 1919 et 1925, fut trouvé incorrompu — sans les signes ordinaires de décomposition attendus après des décennies en terre. Le corps est aujourd'hui exposé dans une châsse de verre au couvent de Nevers, où il demeure depuis un siècle. Quoi que l'on pense de l'incorruptibilité corporelle en tant que phénomène, la preuve visuelle est à la portée de tout visiteur.
Elle fut canonisée par le pape Pie XI en 1933, en la fête de l'Immaculée Conception. Sa propre fête liturgique est le 16 avril.
Le bureau médical et les guérisons vérifiées
Le Bureau médical de Lourdes, fondé en 1883, examine toute guérison signalée à la grotte depuis plus d'un siècle. Ses critères sont délibérément rigoureux : la maladie doit être documentée avant la prétendue guérison, et celle-ci doit être instantanée ou quasi instantanée, complète, durable et médicalement inexplicable. Le Bureau travaille avec des médecins tant laïques que croyants.
À ce jour, l'Église catholique a formellement reconnu soixante-dix guérisons comme miraculeuses, sur environ sept mille cas que le Bureau a examinés. Le Bureau classe bien d'autres guérisons parmi celles « remarquables mais ne répondant pas aux critères stricts » — des patients dont l'état s'est spectaculairement amélioré, mais dont le dossier manque de l'un des éléments de vérification. La guérison la plus récente à avoir été formellement déclarée est celle de sœur Bernadette Moriau, reconnue par Mgr Jacques Benoit-Gonin, de Beauvais, en février 2018, après douze ans d'examen médical et théologique.
Le Bureau publie ses travaux ouvertement. L'enquête sceptique y est la bienvenue.
Pourquoi Lourdes compte
Lourdes est le sanctuaire marial le plus visité d'Europe et le deuxième au monde, après Guadalupe. C'est aussi le plus grand rassemblement annuel de malades et de personnes handicapées du monde chrétien. La ville compte plus de lits d'hôtel que n'importe quelle ville française à l'exception de Paris, presque entièrement pour absorber l'affluence des pèlerins.
Le message de Lourdes est étroitement lié à celui de Fátima : la pénitence, le chapelet, la consécration à Marie. L'ancrage doctrinal — l'Immaculée Conception — a été incorporé au calendrier liturgique de l'Église universelle. Le témoignage de Bernadette elle-même — illettrée, asthmatique, pauvre du cachot, inébranlable sous l'interrogatoire — demeure le passage le plus cité de la dévotion mariale moderne.
Lourdes est aussi un pèlerinage vivant. Un visiteur d'aujourd'hui peut boire à la source, se baigner dans les piscines, parcourir le même chemin du cachot à Massabielle, assister à la procession aux flambeaux du soir qui rassemble des dizaines de milliers de personnes chaque nuit d'été, et poser la main sur la même paroi de rocher où la niche abrita une jeune femme vêtue de blanc en 1858.
Écoutez Lourdes sur Crucis Lux
Crucis Lux raconte l'histoire de Bernadette Soubirous et des apparitions de Lourdes sous la forme d'une série audio illustrée au rythme paisible — chaque apparition narrée, chaque planche peinte dans le registre des fresques médiévales, en cinq langues.
