Le Reniement et le Rétablissement de Pierre : « M'aimes-tu ? » au Bord du Lac
Un feu de braises brûle au bord du lac dans la fraîcheur de l'aube. Les hommes qui descendent de la barque de pêche sont épuisés par une nuit qui n'a rien donné, jusqu'à ce qu'un inconnu sur la grève leur dise de jeter le filet de l'autre côté de la barque ; et ils ont ramené cent cinquante-trois gros poissons. L'inconnu a du pain et du poisson prêts sur le feu. Ils le reconnaissent à présent : c'est le même homme qu'ils avaient vu mourir deux semaines plus tôt sur une croix romaine à Jérusalem. Après le repas, l'inconnu prend à part l'un d'eux — l'impulsif, celui qui avait pleuré amèrement deux semaines plus tôt dans la cour d'un grand prêtre — et lui pose une question. Il la posera trois fois. Le trois n'est pas un hasard. Trois semaines plus tôt, auprès d'un autre feu de braises, ce même homme avait nié trois fois le connaître. Voici que le demander défait le renier.
Le Reniement : Trois Récits en Un
Le reniement de Pierre est rapporté par les quatre évangiles — Matthieu 26, 69-75 ; Marc 14, 66-72 ; Luc 22, 54-62 ; et Jean 18, 15-18.25-27 —, ce qui est en soi inhabituel. La plupart des événements de la Passion ne figurent que dans certains des évangiles. La chute de Pierre était, semble-t-il, trop importante pour être omise nulle part.
Le décor est la cour de la maison du grand prêtre à Jérusalem, la nuit où Jésus est interrogé par Anne et Caïphe. Pierre l'a suivi de loin — l'expression se trouve dans trois des quatre évangiles. Il entre dans la cour, où serviteurs et soldats se réchauffent autour d'un feu. Jean emploie le mot précis anthrakian — un feu de braises, le même terme grec qu'il n'utilisera de nouveau qu'au chapitre 21, au bord du lac.
Les trois reniements se succèdent rapidement.
- Une servante, près du portail, demande à Pierre s'il est l'un des disciples. Il répond : Je n'en suis pas.
- Il s'approche du feu. Une autre servante le reconnaît. Il nie de nouveau.
- Un homme présent dit : sûrement tu es l'un d'eux, ton accent te trahit — le parler galiléen de Pierre était, semble-t-il, perceptible à Jérusalem. Il nie une troisième fois, en jurant.
Le coq chante. Luc ajoute le détail qui bouleverse tout lecteur : et le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre. Jésus, conduit d'une partie du palais du grand prêtre à une autre, croise le regard du plus ancien de ses disciples à l'instant du troisième reniement. Pierre sort et pleure amèrement.
Le Feu de Braises au Bord du Lac
Le quatrième évangile est le seul à raconter la scène du rétablissement. Elle se trouve en Jean 21, chapitre que beaucoup tiennent pour un épilogue de Jean lui-même ou pour un ajout ancien de sa communauté. C'est l'un des passages les plus soigneusement construits du Nouveau Testament.
Après la Résurrection, après les apparitions à Jérusalem, les disciples sont revenus en Galilée. Pierre, fidèle à son tempérament, dit : Je m'en vais pêcher. Les autres l'accompagnent. Ils pêchent toute la nuit sans rien prendre.
À l'aube, un homme appelle depuis le rivage. Il demande s'ils ont du poisson, puis leur dit de jeter le filet à droite de la barque. La prise est si grande qu'ils ne parviennent pas à la tirer. Jean, le disciple bien-aimé, est le premier à le reconnaître. Il dit à Pierre : C'est le Seigneur. Pierre, fidèle à son tempérament, passe son vêtement (il pêchait presque nu) et se jette à l'eau plutôt que d'attendre la barque.
Sur le rivage, il y a un feu de braises — Jean emploie le même mot, anthrakian, que dans la scène de la cour. Le pain est prêt. Le poisson cuit. Le Seigneur ressuscité a préparé le repas pour ses disciples après leur nuit de travail infructueux.
Le texte est précis sur les détails qui comptent. Le même genre de feu. Le même disciple qui avait failli auparavant, de nouveau devant lui. Le même Seigneur — désormais ressuscité — présent.
« Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? »
Après le repas, Jésus se tourne vers Pierre et lui pose trois questions, chacune répondant à l'un des trois reniements. Le grec de Jean 21, 15-17 joue sur la distinction entre deux verbes pour aimer — agapaō et phileō — que les lecteurs de langue grecque débattent depuis des siècles.
L'échange se déroule ainsi :
- Jésus : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu (agapas) plus que ceux-ci ? Pierre : Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime (philō). Jésus : Sois le berger de mes agneaux.
- Jésus : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu (agapas) ? Pierre : Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime (philō). Jésus : Sois le pasteur de mes brebis.
- Jésus : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu (phileis) ? Pierre, attristé qu'il le lui demande une troisième fois : Seigneur, tu sais tout ; tu sais bien que je t'aime (philō). Jésus : Sois le berger de mes brebis.
L'interprétation de ce changement de verbe occupe les commentateurs depuis les Pères grecs. Les deux lectures les plus défendables sont les suivantes :
La première lecture soutient que la différence entre agapaō et phileō dans ce passage a un sens rhétorique — Jésus demande un amour plus haut (agapē) et Pierre offre l'amour plus humble (philia) qu'il est assez honnête pour revendiquer. À la troisième question, Jésus rejoint Pierre là où il en est et emploie lui-même phileō.
La seconde lecture, soutenue par de nombreux hellénistes modernes, tient que Jean emploie ailleurs les deux verbes de façon interchangeable et que ce changement est stylistique plutôt que théologique. La structure ternaire est l'élément porteur, en correspondance avec le triple reniement. À Pierre est donnée la possibilité de défaire ce qu'il a fait auprès du feu à Jérusalem.
Les deux lectures s'accordent sur le sens plus vaste : le triple rétablissement répare le triple reniement sans le nommer explicitement. Jésus ne dit pas je te pardonne de m'avoir renié trois fois. Il demande à Pierre trois fois s'il l'aime et confie trois fois à Pierre le soin de ses brebis.
La Triple Charge
Chaque déclaration est suivie d'une charge. Les verbes et substantifs grecs varient légèrement :
- Sois le berger (boske) de mes agneaux (arnia)
- Sois le pasteur (poimaine) de mes brebis (probata)
- Sois le berger (boske) de mes brebis (probata)
La tradition catholique a lu ces variations comme une mission globale — Pierre doit nourrir et conduire, prendre soin des agneaux et des brebis, des jeunes et des adultes. La charge pastorale lui est donnée tout entière.
C'est le fondement scripturaire de ce que la tradition catholique appelle la primauté pétrinienne — l'autorité particulière conférée à Pierre et, par succession, aux évêques de Rome. Les autres apôtres sont présents. Le Seigneur ressuscité s'adresse à Pierre seul. La charge est universelle : mes brebis — toutes.
Le lieu de cet échange, sur la rive nord-ouest du lac de Tibériade, aujourd'hui appelé Tabgha, est un but de pèlerinage depuis le ive siècle. L'église de la Primauté de saint Pierre, modeste chapelle franciscaine édifiée en 1933 sur des fondations byzantines, marque l'emplacement traditionnel. Le rocher plat au centre de la chapelle — la Mensa Christi, la Table du Christ — est identifié à la scène du repas. Les pèlerins qui s'y rendent peuvent se tenir sur les pierres au bord de l'eau et y lire Jean 21. Le rivage est resté en grande partie inchangé.
Ce que Jésus Annonce à la Fin
Jésus ne laisse pas le rétablissement à un simple pardon. Il prolonge la mission de Pierre vers l'avenir. Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c'est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller. Jean ajoute au verset suivant : Jésus parlait ainsi pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu.
La tradition catholique a lu ces paroles comme la prophétie du martyre de Pierre. Selon les sources les plus sûres du iie siècle (la lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, écrite vers 96 apr. J.-C. ; le récit de Tacite sur la persécution néronienne ; l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe), Pierre fut crucifié à Rome durant la persécution sous Néron, vers 64 ou 67 apr. J.-C. Origène et d'autres sources anciennes ajoutent que Pierre, demandant à ne pas être crucifié dans la même posture que son Seigneur, fut crucifié la tête en bas. La tradition est demeurée constante.
Les restes traditionnellement identifiés comme les ossements de Pierre furent retrouvés sous le maître-autel de la basilique Saint-Pierre lors des fouilles des années 1940 et 1950, sous Pie XII, et authentifiés, après un examen scientifique et historique approfondi, par Paul VI en 1968. Le résumé officiel du Vatican sur les preuves archéologiques décrit la datation et le travail médico-légal.
Pourquoi le Rétablissement Compte
Le reniement et le rétablissement de Pierre est l'un des récits pastoraux porteurs du Nouveau Testament. C'est la preuve, inscrite dans les Écritures les plus anciennes de l'Église, que la chute du chef ne disqualifie pas le chef, pourvu que le chef accepte d'être rétabli.
Pierre passe de la lâcheté dans la cour d'un grand prêtre à la mort du martyr aux mains de Néron. Le chemin passe par un repas sur une plage. Le Seigneur ne fait pas semblant que le reniement n'a pas eu lieu. Il n'exige pas non plus que Pierre se rabaisse. Il lui demande trois fois, sous la forme la plus simple possible, s'il l'aime. La réponse de Pierre, chaque fois, est oui. Le oui suffit.
Pour un aperçu plus large de la manière dont la Résurrection a transformé les disciples, voir Marie Madeleine au tombeau vide et Paul sur le chemin de Damas. Chaque récit est un mode différent de rencontre avec le Ressuscité : la femme qui pleure et qui est le premier témoin, le persécuteur aveuglé jusqu'à l'apostolat, et le chef lâche à qui l'on sert le repas sur une plage.
La triple question est aussi un schéma que la direction spirituelle catholique emploie depuis des siècles. On ne demande pas au pénitent si son péché peut être défait (il ne le peut pas), mais s'il aime le Seigneur qu'il a trahi. La réponse est le seuil. Tout le reste en découle.
Le Site de Tabgha Aujourd'hui
Tabgha est à quelques minutes en voiture de Capharnaüm. L'église de la Primauté est ouverte aux pèlerins ; le rocher de la Mensa Christi est dans le sol de la chapelle ; le rivage est juste à l'extérieur. De l'autre côté d'un court sentier se trouve l'église de la Multiplication des Pains et des Poissons, qui marque le lieu de la multiplication pour les cinq mille, d'une étape antérieure du ministère de Jésus en Galilée. Les deux épisodes se déroulent sur le même rivage : du pain pour les foules et, plus tard, après la croix, du pain pour les disciples qui ont failli.
C'est un petit site. Il n'attire pas l'affluence de Lourdes ni de la basilique de Guadalupe. Il récompense le pèlerin qui arrive en espérant lire Jean 21 avec l'eau sous les yeux.
Écoutez Saint Pierre sur Crucis Lux
Crucis Lux raconte l'histoire du reniement et du rétablissement de Pierre sous la forme d'une série audio illustrée au rythme posé — chaque scène narrée, chaque panneau peint dans le registre des fresques médiévales, en cinq langues.
