Saint François et le Loup de Gubbio : Ce que Signifie la Légende
Un loup tue les habitants des environs de Gubbio, dans les Apennins. Les gens de la ville ne franchissent plus leurs murailles sans armes. Le frère venu d'Assise sort seul, désarmé, dans son habit rapiécé. Il se tient sur le chemin. Le loup se jette sur lui, la gueule ouverte. Il fait le signe de la croix. Le loup se couche à ses pieds. À la fin de l'après-midi, le frère ramène le loup dans Gubbio au bout d'une laisse faite de sa propre ceinture, négocie un traité entre le loup et les habitants et obtient que chaque maison s'engage à nourrir l'animal en échange de la fin des tueries.
C'est la plus célèbre de toutes les histoires franciscaines après les stigmates de La Verna. C'est aussi l'une des plus mal comprises. Ce n'est pas l'histoire d'un saint qui dompte les bêtes sauvages à la manière d'un dompteur de cirque. C'est une parabole sur l'artisanat de la paix, l'hospitalité et le rapport entre la violence humaine et la violence animale — conservée dans une compilation du XIVe siècle appelée les Fioretti. En 1872, un événement survenu à Gubbio a compliqué la discussion : des ouvriers restaurant une vieille chapelle romane ont trouvé, sous les dalles du sol, le squelette d'un grand loup, enseveli avec un soin apparent.
La Source : Les Fioretti
Les Fioretti di San Francesco — Les Petites Fleurs de saint François — forment un recueil de cinquante-trois courts récits sur François et ses premiers compagnons, écrit en toscan et compilé vers 1390, plus de 160 ans après la mort de François, en 1226. Le compilateur s'est appuyé sur une œuvre latine antérieure, les Actus Beati Francisci et Sociorum Eius, qui puisait elle-même dans les souvenirs conservés dans les couvents franciscains.
Les Fioretti ne sont pas de l'histoire au sens strict. C'est un recueil hagiographique — des récits racontés pour enseigner, charmer et transmettre l'esprit du franciscanisme primitif, et non pour satisfaire un vérificateur de faits moderne. L'épisode du Loup de Gubbio figure au chapitre 21. Le texte italien est bref, peut-être mille deux cents mots.
Le cadre est celui d'une parabole morale. San Francesco dit aux citoyens que la violence du loup ne lui appartient pas — il a faim, il est abandonné, il n'a pas été dressé — et que la violence des citoyens contre lui a fait partie du cycle. Il propose une alliance : le peuple nourrira le loup, et le loup ne fera de mal ni à eux ni à leurs bêtes. Les deux parties acceptent. Le loup lève la patte pour sceller le pacte. Il vit parmi eux deux années encore, nourri de porte en porte, jusqu'à ce qu'il meure de mort naturelle et que le peuple le pleure.
Ce que Fut la Découverte de 1872
En 1872, lors de travaux de restauration de l'église San Francesco della Pace à Gubbio — une petite chapelle romane que la tradition locale associait depuis longtemps à la légende du loup —, des ouvriers soulevant les dalles de pierre du sol découvrirent une chambre dissimulée. À l'intérieur se trouvait le squelette d'un loup, grand et apparemment âgé, enseveli non comme on jette une charogne, mais déposé avec soin sous le sol de l'église.
La découverte fut rapportée par les journaux locaux et documentée par la custodie franciscaine de l'église. Les ossements furent inhumés de nouveau dans une nouvelle urne scellée sous l'autel de la chapelle, et une plaque fut posée.
La découverte est parfois présentée, dans les sources populaires, comme la preuve scientifique du loup historique. C'est plus que ce que les éléments permettent d'affirmer. Ce qu'elle suggère, c'est que les gens du Gubbio médiéval ont pris l'histoire suffisamment au sérieux pour ensevelir un loup comme une sorte de mémorial près de la chapelle qu'ils associaient à François, peut-être des siècles après la mort du saint. L'âge du squelette n'a pas été daté au carbone ni publié dans la littérature scientifique moderne, de sorte que le lien avec le début du XIIIe siècle demeure une tradition locale et non un fait archéologique confirmé.
Ce qui est confirmé : les habitants de Gubbio avaient un loup enseveli dans le sol de leur église, et ils l'ont fait délibérément. Cela seul constitue une histoire dévotionnelle plus solide que celle que la légende reçoit d'ordinaire.
François et les Animaux : Un Schéma Plus Vaste
Le loup de Gubbio n'est pas isolé dans la mémoire franciscaine. Les plus anciennes biographies de François — la Vita Prima (1228, deux ans après la mort du saint) et la Vita Secunda (1247) de Thomas de Celano, et la Legenda Maior (1263) de saint Bonaventure — conservent de nombreux récits de François auprès des animaux.
- Le sermon aux oiseaux à Bevagna, conservé par Celano : François s'arrête sur un chemin, s'adresse à une nuée d'oiseaux, leur demande de l'écouter et leur prêche. Les oiseaux ne s'envolent pas. Il remarque leurs couleurs, leurs chants, leur liberté à l'égard du travail, et leur dit de louer Dieu.
- Les cigales de la Portioncule, qui se taisent lorsque François leur demande de chanter pour le Seigneur, puis chantent à son commandement.
- Les poissons du lac de Rieti, qui, selon un épisode, l'écoutèrent.
- Les faisans et les alouettes des Marches.
Le schéma est constant : François traite les animaux comme des créatures sœurs au sein d'une unique création. Il ne projette sur eux aucune sentimentalité ; il leur parle comme à des créatures dignes de respect. Le Cantique des créatures — l'hymne tardif de François en langue vulgaire, la plus ancienne œuvre littéraire italienne conservée — prolonge la même logique : Frère Soleil, Sœur Lune, Frère Vent, Sœur Eau, Sœur notre mère la Terre. Ce n'est pas de l'anthropomorphisme. C'est une cosmologie théologique.
Le loup de Gubbio s'inscrit dans ce schéma parce que le loup est traité comme une créature capable d'être interpellée, capable de recevoir une alliance, capable d'être responsable — et capable d'avoir faim, ce qui est l'explication prosaïque de sa violence.
Ce que la Légende Enseigne
Le sens de l'histoire, lorsqu'on lit les Fioretti selon leurs propres termes, n'est pas l'émerveillement biologique. Il est théologique. Trois choses comptent.
La violence est un système, non un simple acte
Les habitants de la ville s'armaient et sortaient pour tuer le loup. Le loup tuait leur bétail et, dit le texte, leurs gens. Chaque camp nourrissait la violence de l'autre. François arrive et brise le système non en punissant un camp, mais en proposant un autre arrangement : le peuple nourrira le loup ; le loup ne chassera pas. La subsistance remplace la prédation.
La paix exige l'aveu du besoin
Le loup a faim. La légende ne le romantise pas. Le loup a tué parce qu'il était abandonné et affamé. Les habitants n'avaient rien pourvu. François le nomme. L'alliance tient parce que les deux camps acceptent de reconnaître ce que la violence avait coûté.
Un artisan de paix peut devoir sortir seul, désarmé
C'est la part la plus dérangeante de la légende et celle que les premiers franciscains chérissaient. François sort sans armes, contre l'avis de tous à Gubbio. Il sort en ne se fiant qu'à la présence de Dieu et à sa propre disposition à mourir, s'il le faut. C'est aussi la structure de son voyage antérieur pour rencontrer le sultan al-Kamil à Damiette en 1219, en pleine cinquième croisade, lorsqu'il franchit les lignes ennemies, désarmé, pour prêcher l'Évangile à un souverain musulman — un épisode que le récit historique confirme.
La Question de l'Historicité
Un érudit distinguera trois couches dans l'histoire du loup de Gubbio.
- Le comportement de François — qu'il s'adressait aux animaux, vivait parmi eux et prêchait la paix comme une vocation publique. C'est solidement documenté à travers diverses sources franciscaines primitives, et pas seulement dans les Fioretti.
- L'épisode de Gubbio lui-même — qu'un événement s'est produit à Gubbio impliquant François et un loup, donnant lieu à une mémoire locale assez forte pour survivre jusqu'aux Fioretti. L'inhumation de 1872 atteste une solide tradition locale, mais les faits précis de la rencontre demeurent du genre de l'hagiographie médiévale.
- La forme littéraire — la version des Fioretti, avec ses dialogues, la patte tendue et les personnages nommés, a été façonnée par des conteurs au long des XIIIe et XIVe siècles. La forme est celle d'une parabole.
Ce que cela signifie en pratique : un catholique peut lire l'histoire du loup comme un événement réel rapporté avec une couleur théologique, ou comme une parabole à noyau historique, sans perdre la substance de ce que l'histoire communique. L'Église catholique n'a jamais canonisé la légende ; elle a canonisé François.
François, Patron de la Paix et de l'Écologie
Le pape Jean-Paul II a déclaré saint François patron des écologistes en 1979. Le pape François (le premier pape à prendre ce nom) a ouvert son encyclique Laudato Si' de 2015 en citant le Cantique des créatures : Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre. Le choix de François comme patron de l'écologie intégrale repose sur la même logique que le loup de Gubbio : les créatures partagent un même Créateur et une même dignité.
Le loup de Gubbio appartient au même espace imaginaire que la conversion d'Augustin, la transverbération de Thérèse d'Avila et les stigmates de François lui-même — des moments où le naturel et le surnaturel se croisent, et où le résultat est une autre manière de vivre ensemble.
Gubbio Aujourd'hui
Gubbio est toujours là, au pied des Apennins, en Ombrie. L'église San Francesco della Pace conserve encore l'urne renfermant le squelette du loup sous l'autel. La Fête du Loup — La Festa del Lupo — est célébrée chaque année. Les pèlerins arpentent les rues médiévales entre la chapelle et la cathédrale ; les guides récitent la légende ; le loup est sculpté dans la pierre et peint sur les murs.
L'identité contemporaine de la ville repose sur l'histoire du loup presque autant que sur le reste de son histoire. C'est une petite ville italienne qui a appris, il y a huit siècles, que le frère venu d'Assise avait quelque chose à dire sur la violence — et qui s'en est souvenue.
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Crucis Lux raconte l'histoire de saint François d'Assise sous la forme d'une série audio illustrée au rythme lent — chaque scène narrée, chaque panneau peint dans le registre des fresques médiévales, en cinq langues.
