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11 min de lecture · 23 mai 2026

Les Confessions de saint Augustin : le poirier, le jardin, la voix

Les Confessions de saint Augustin : les poires volées à 16 ans, le jardin de Milan à 31 ans et la voix qui dit tolle lege. L'histoire de la plus célèbre conversion.

Les Confessions de saint Augustin : le poirier, le jardin, la voix

Les Confessions de saint Augustin : le poirier, le jardin, la voix

Il avait trente et un ans, assis dans un jardin de Milan, déchiré par les larmes, paralysé entre deux vies. Il avait été professeur de rhétorique — l'équivalent aujourd'hui d'une chaire dans une grande université —, manichéen pendant neuf ans, puis néoplatonicien, puis quelqu'un qui avait lu assez d'Écriture chrétienne pour savoir que ce qu'il avait poursuivi toute sa vie s'y trouvait, mais qui ne parvenait à se défaire ni de sa concubine, ni de sa carrière, ni de son orgueil philosophique. Il entendit la voix d'un enfant venant d'une maison voisine, chantant ou psalmodiant en latin : tolle lege, tolle lege. Prends et lis. Il prit le livre des épîtres de saint Paul qu'il avait posé de côté, l'ouvrit au hasard et lut Romains 13, 13-14. Au bout de cette page, il était un autre homme. En sept mois, il était baptisé. En une décennie, il était évêque. Dix-sept siècles plus tard, ses Confessions demeureraient l'autobiographie la plus lue de la littérature occidentale.

L'histoire de la conversion d'Augustin est l'histoire de deux scènes — l'une à seize ans, l'autre à trente et un — qu'il écrivit dans les années 390 dans un livre comme il ne s'en était jamais écrit auparavant.

Une enfance en Afrique du Nord

Aurelius Augustinus naquit le 13 novembre 354 à Thagaste — l'actuelle Souk Ahras, en Algérie —, fils de Patricius, fonctionnaire municipal païen, et de Monique, chrétienne fervente. La famille était berbère, et non romaine ; Augustin écrivait en latin, mais sa langue maternelle était probablement le punique. Il passa la première partie de sa vie dans les petites villes de l'intérieur nord-africain et la seconde dans les grandes cités de la Méditerranée : Carthage, Rome, Milan.

Monique est l'un des personnages les plus pleinement dessinés des Confessions. Elle pleura sur la conduite d'Augustin durant son adolescence, le suivit à travers la Méditerranée contre sa volonté et ne lui survécut que de quelques mois avant sa propre mort à Ostie, le port de Rome, en 387 — un épisode qu'Augustin restitue au Livre IX dans certaines des pages les plus tendres qu'il ait jamais écrites.

Le poirier : une confession d'adolescence

L'épisode du poirier se trouve au Livre II des Confessions et est célèbre pour sa disproportion par rapport au fait lui-même. Augustin a seize ans. Lui et une bande d'amis franchissent un mur de nuit et dérobent une charge de poires à un arbre du verger d'un voisin. Les poires ne sont pas particulièrement bonnes. Ils en jettent la plupart aux porcs.

Augustin consacre un livre entier des Confessions à l'analyse de ce larcin. L'enjeu n'est pas la valeur de ce qui fut volé ; l'enjeu est la structure de la volonté qui a volé. Nous aimions faire le mal pour le mal lui-même, écrit-il (en latin : non amabam aliud nisi furtum, non re alia inlecebrosus nisi quia non liceret). Il voit, rétrospectivement, qu'il n'a pas volé par faim, ni parce que les poires étaient bonnes, ni parce qu'il en avait besoin. Il a volé parce que l'acte même était défendu et parce qu'il désirait la compagnie de ceux qui le commettaient.

Le poirier devient la méditation mûre d'Augustin sur le péché originel. C'est le premier endroit de la littérature occidentale où quelqu'un examine systématiquement un petit acte d'adolescence pour ce qu'il révèle de la volonté désordonnée. Lu attentivement, ce passage est l'un des documents fondateurs de la psychologie morale.

Carthage, la rhétorique et la concubine

Augustin s'installa à Carthage à dix-sept ans pour achever ses études de rhétorique. Il s'attacha à une compagne stable, monogame, en union libre — une femme dont il ne conserve pas le nom dans les Confessions — et ils eurent ensemble un fils, Adéodat, « donné par Dieu ». Augustin vécut fidèlement avec cette femme pendant une quinzaine d'années.

Il se lia aussi aux manichéens, un mouvement religieux dualiste mêlant des éléments de pensée perse, chrétienne et gnostique, dont la doctrine selon laquelle le corps et le monde matériel étaient l'œuvre d'une contre-divinité mauvaise lui offrait une alternative sophistiquée au christianisme africain plus simple de sa mère. Il demeura auditeur manichéen pendant neuf ans.

Il gagna Rome en 383 pour y enseigner la rhétorique, puis Milan en 384 comme professeur officiel de rhétorique de la ville — une nomination impériale prestigieuse, car la cour impériale séjournait à Milan cette année-là.

Ambroise de Milan

Milan changea tout. L'évêque était Ambroise, l'un des chrétiens intellectuellement les plus redoutables du IVe siècle : auteur, homme d'État, hymnographe, et le seul homme de l'empire qui eût récemment contraint un empereur (Théodose) à faire pénitence publique.

Augustin se rendit d'abord aux homélies d'Ambroise pour en étudier la rhétorique. En quelques mois, il prêtait attention à ce qu'Ambroise disait réellement de l'Écriture. Ambroise prêchait sur un mode allégorique qui permettait à Augustin de lire la Genèse sans le littéralisme qui avait rendu si séduisante la critique manichéenne de l'Ancien Testament.

Ambroise fut aussi, pour Augustin, le premier modèle d'un intellectuel chrétien qu'il pût respecter. Vers 385, Augustin avait rompu avec les manichéens. Il était devenu catéchumène. Il n'était pas encore baptisé. Il ne pouvait, se l'avouait-il, se défaire de deux choses : la femme avec qui il vivait et l'autonomie philosophique de sa carrière.

Monique intervint. Elle fit en sorte, contre les vœux d'Augustin, que la concubine fût renvoyée en Afrique afin qu'Augustin pût épouser une jeune chrétienne socialement plus convenable qui, à ce moment-là, était trop jeune pour le mariage. La concubine, rapportent les Confessions, repartit en Afrique en jurant qu'elle ne connaîtrait jamais d'autre homme. Augustin, mortifié par sa propre faiblesse, prit une nouvelle concubine pour patienter jusqu'aux fiançailles. Il se détestait pour cela.

Le jardin de Milan : août 386

La conversion survient au Livre VIII des Confessions, presque au centre exact de l'œuvre.

Un visiteur nommé Ponticianus, lui aussi nord-africain, vient à la maison qu'Augustin partage avec son ami Alypius. Ponticianus aperçoit un manuscrit paulinien sur une table et s'en étonne. Il leur raconte l'histoire d'Antoine du désert, et de deux fonctionnaires impériaux de Trèves qui, ayant lu la vie d'Antoine, abandonnèrent aussitôt leurs carrières pour se faire moines.

Augustin, à l'écoute, est bouleversé. Le récit met au jour tout ce à quoi il résistait. Tu me plaçais devant mon propre regard, écrit-il (en latin : nudus ipse mihi conspectu meo). Il n'est pas, comprend-il, un homme pesant deux options intellectuelles. Il est un homme qui sait depuis des années ce qu'il devrait faire et qui s'est refusé à le faire.

Il s'enfuit dans le jardin de la maison. Alypius le suit. Augustin se jette sous un figuier — écho délibéré de l'Israélite errant sous la vigne et le figuier — et pleure amèrement. Il prie : Jusques à quand, Seigneur, jusques à quand ? Demain et demain ? Pourquoi pas maintenant ?

Alors il entend la voix. La voix d'un enfant venant d'une maison voisine — Augustin ne saurait dire si c'est un garçon ou une fille — psalmodiant sur un ton chantant : tolle lege, tolle lege. Prends et lis.

Il cesse de pleurer. Il ne se souvient d'aucun jeu d'enfant qui emploie ces mots. Il revient au banc où Alypius est assis. Il prend le codex des lettres de Paul qu'il y avait laissé. Il l'ouvre au hasard — au premier passage sur lequel mes yeux tomberaient — et lit Romains 13, 13-14 :

Non dans les orgies et les ivresses, non dans la luxure et les débauches, non dans les querelles et les jalousies. Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et n'ayez pas souci de la chair pour en satisfaire les convoitises.

Il ne lit pas plus loin. Il n'en a pas besoin. La lumière, dit-il, de la certitude inonda son cœur. Alypius demande à voir le passage. Il lit quelques lignes plus loin et parvient au verset accueillez celui qui est faible dans la foi. Il se tourne vers Augustin et dit : cela est pour moi. Lui aussi se convertit. Les deux hommes rentrent pour l'annoncer à Monique.

Baptême, Ostie et la suite

Augustin renonça à sa chaire, se retira avec des amis et son fils dans une maison de campagne à Cassiciacum, au nord de Milan, et se prépara au baptême. Lors de la Vigile pascale de 387 — la nuit du 24 au 25 avril — Ambroise baptisa Augustin et Adéodat dans le baptistère de Milan. Les vestiges de ce baptistère sont encore visibles sous la cathédrale de Milan. Les pèlerins peuvent se tenir sur les lieux.

Cet été-là, Augustin, Monique, Adéodat et un petit groupe se mirent en route pour regagner l'Afrique du Nord. Ils firent halte à Ostie, le port de Rome, pour attendre un navire. Là, dans les jours précédant sa mort, Augustin et Monique eurent la fameuse conversation près d'une fenêtre donnant sur un jardin — la Vision d'Ostie du Livre IX — où la mère et le fils goûtèrent ensemble, un instant, ce que pourrait être la vie éternelle avec Dieu. En quelques jours, Monique mourut de fièvre. Elle fut ensevelie à Ostie. Augustin pleura ; pour la première fois dans les Confessions, il rapporte qu'il se laissa affliger ouvertement.

Il revint en Afrique, perdit son fils Adéodat de la fièvre en 389, à l'âge de seize ans, et fut peu à peu entraîné dans le ministère de l'Église malgré lui. Il fut ordonné prêtre en 391 et consacré évêque d'Hippone la Royale — l'actuelle Annaba, en Algérie — en 395. Il occupa ce siège pendant les trente-cinq années suivantes.

Ce que firent les Confessions

Il écrivit les Confessions vers 397-400, au début de la quarantaine, en regardant en arrière. Le livre s'adresse de bout en bout à Dieu, non à un lecteur ; le lecteur surprend une prière. Rien de tout à fait semblable n'avait été écrit auparavant. L'autobiographie gréco-romaine existait (les Commentarii de César, les Pensées de Marc Aurèle), mais nul n'avait écrit d'autobiographie intérieure — un examen soutenu du développement d'une seule âme, de l'enfance à la maturité, en dialogue avec Dieu.

Le livre est continûment imprimé depuis l'invention de l'imprimerie. On le lit dans les départements de philosophie, de littérature et de théologie, et sur les tables de chevet de catholiques ordinaires. Il est aussi le document fondateur de tout ce qu'Augustin écrivit ensuite : La Trinité, La Cité de Dieu, ses sermons, ses lettres.

Pourquoi le poirier et le jardin comptent ensemble

Les deux scènes sont délibérément appariées. Le poirier à seize ans, c'est Augustin péchant pour le péché lui-même — la joie dans la désobéissance comme telle. Le jardin de Milan à trente et un ans en est l'inverse — la joie dans l'obéissance comme telle, dans le retour enfin vers le Dieu qu'il avait fui toute sa vie consciente.

Entre les deux s'étendent vingt-six ans de quête intellectuelle, d'inquiétude charnelle, de réussite professionnelle, et une mère qui ne cessa jamais de prier. La conversion est soudaine dans son exécution et lente dans sa préparation. Augustin lui-même nomme le schéma. Bien tard je t'ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t'ai aimée, écrit-il au Livre X (en latin : sero te amavi, pulchritudo tam antiqua et tam nova, sero te amavi). C'est ce retard qui fait tout. La grâce ne dépendait pas de la disposition.

Pour un contexte plus large des conversions catholiques au fil des siècles, voir la conversion de saint Paul sur le chemin de Damas et la restauration de Pierre sur le rivage de Galilée. Augustin s'inscrit dans cette tradition : non l'éclair de Damas, non le lent chagrin du reniement réparé, mais un troisième schéma — la longue ascension intellectuelle d'un homme brillant qui finit par se rendre.

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Crucis Lux raconte l'histoire de la conversion d'Augustin sous la forme d'une série audio illustrée au rythme posé — chaque scène narrée, chaque panneau peint dans le registre des fresques médiévales, en cinq langues.

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